IL nous aura fallu près de 24 heures de transport dans des bus toujours bondés, arpentant des pistes défoncées pour arriver enfin a Taplejun. Toute cette énergie dépensée pour se retrouver à quelques kilomètres de Yuksom. Un petit jour de repos pour digérer tant de poussière avalée et nous voilà repartis sur les sentiers himalayens. Oubliées les impenetrables forêts du Sikkim; ici le climat est plus aride, presque méditerranéen. Sur la route de Sanghu, la sente serpente a travers les cultures en terrasse que des paysans labourent a l'aide d'antiques socs en bois. Oubliées aussi les routes et les pistes. Ici le ravitaillement se fait a dos de mulets. Un orage nous surprend peu avant le Milke pass. Nous bivouaquons dans un abri de berger avec pour seul matelas un tapis de fougères et deux nattes de paille. Au petit matin, le col s'est paré d'un beau manteau blanc pour accueillir notre passage. Les yaks ont remplacé les mules. S'ensuit une longue descente vers la vallée de l'Arun, l'une des plus chaudes du Népal. En effet le mercure amorce une nette montée. Les gouttes de sueur quant a elles ruissellent le long de nos tempes. A partir de Tumlingtar, nous suivons l'Arun River vers le nord. La chaleur nous assomme! Nous rêvons d'altitude. Le cours de l'Irkhu Khola va quelque peu exaucer nos souhaits puisqu'il nous emmène peu a peu vers le Salpa pass (3400m). Ce dernier marque notre entrée en pays Sherpa.
Avec nos grands sacs et notre peau blanche nous suscitons les curiosités. Les yeux ronds que font les enfants à notre passage nous font nous sentir "extraterrestres". En effet bien que l'itinéraire soit décrit comme chemin de trek, peu de touristes parcourent ces contrées reculées.
Les vallées Himalayennes s’écoulent du nord au sud. Ainsi la géographie nous impose t-elle souvent de descendre d'abruptes pentes jusqu'aux fonds des vallées pour remonter sur le versant qui lui fait face. Souvent, dès le matin, nous apercevons l'étape du soir, juste en face, a quelques battements d'ailes. Notre condition de bipède nous oblige malheureusement a de grands détours. Puis, un matin, apparaissent les premières neiges éternelles. Les premiers sommets de plus de 6000m sont postés en sentinelles. Ils marquent notre entrée dans la vallée de l'Everest. Les lodges, eux aussi plus nombreux, annoncent la présence massive de touristes. Après moins d'un mois de voyage nos pas nous ont portés vers Lukla, petit village d’où partent les expéditions vers le plus haut sommet de la planète. Les népalais l'appelle Sagarmatha, la déesse mère !
Cette lente marche vers le Solu Khumbu n'aura été qu'un échauffement. Elle nous aura permis de mieux appréhender les hauts cols d'altitude qui nous attendent désormais. Côté santé, tout va pour le mieux. Notre vigilance concernant l'eau de boisson nous aura évité des problèmes gastriques. Les muscles quant a eux se sont affinés, sculptés par l'effort.
Nous ne pensons pas pouvoir donner de nouvelles avant Kathmandou dans la mesure ou les lieux que nous nous apprêtons a traverser sont éloignés de tout modernisme. Concernant les mails que vous nous envoyez, sachez que nous les lisons avec beaucoup d'attention et que chacun d'eux nous fait chaud au cœur. Il nous est parfois impossible d'y répondre.
Dans l'attente de pouvoir vous conter la suite de cette belle aventure, nous vous envoyons toute notre affection.
PS: Yaya, j'ai dévoré ton livre en 2 soirs. Je l'ai laissé a Tumlingtar, petite ville aux allures de far-west, baignée de soleil et de poussière. Un Nullarbor népalais en quelque sorte. J’espère qu'il poursuivra son itinérance...
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| Le temps des labours |
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| Paysage typique de l'est népalais |
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| visage d'enfant |
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| Moulin a eau |
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| Najiin |