jeudi 31 mars 2011

Tashi Lapsa : l'Ogre du Khumbu.

A Namche Bazaar, impossibilité de trouver un guide pour traverser la passe du Tashi Lapsa. Les excuses fusent : trop difficile, trop de neige, trop dangereux, pas assez rentable, etc. La vérité est que tous sont occupés a promener les touristes vers le camp de base de l'Everest. On nous conseil donc d'aller ( voir ailleurs si j'y suis !) tenter notre chance du côté de Thame. Nous retournons donc sur nos pas en quête d'un guide et d'un porteur. A Phurte, Thuk Ten nous propose ses services ainsi que ceux d'un de ses ami guide. Nous faisons donc la connaissance de Dawa Tenzing. Ce dernier a quelques jours de libres avant d'attaquer la saison sur le toit du monde qu'il a d'ailleurs déjà atteint par deux fois. Nous partons donc sereins vers les alpages de Thengpo.
Nuit courte et départ à la frontale : il nous faut partir tôt pour éviter les chutes de pierres ! Peu a peu la sente s'efface pour laisser la place a un pierrier. La pente se redresse. Par un petit couloir puis un système de vires nous évitons la cascade de glace qui barre l'accès au col. Sitôt le glacier atteint, il nous faut nous encorder.
Le souffle devient court et chaque pas est une victoire de la volonté sur l'esprit. Nous atteignons enfin le col peu avant 11 heures.Les lupkas claquent sous les rafales glaciales. Pas le temps de s'émouvoir si nous ne voulons pas finir au rayon surgelés de chez Piccard !-)
Désormais les crevasses font leur apparition. Elles sont béantes, n'attendant qu'un de nos faux pas pour nous engloutir. Nous atteindrons le premier bivouac après avoir erré plusieurs heures comme des automates sur les blocs instables.

La nuit a 5000 mètres sera glaciale, hantée par les craquements sinistres du glacier. Au réveil, un sérac se décroche de la paroi qui nous fait face. Le blaste de l'avalanche qui s'ensuit balaye avec furie la première moitié de la moraine; cette même moraine que nous nous aprêtons a traverser. La montagne nous lance un premier avertissement. Toute la journée nous vivrons un véritable enfer a chercher une issue dans ce chao de glace et de roc. Nous y laissons des écorchures au genou et a l'avant bras : le prix a payer pour oser défier les titans.
En fin d'après midi la neige se met a tomber. Toute la montagne résonne des avalanches de pierres. Nous sommes forces a bivouaquer car nous n'y voyons plus rien !

Au lendemain, le ciel retrouve sa sérénité. Nous fuyons au plus vite ces parages et retrouvons, à la mi-journée, le monde des Hommes au village de Na. Nous sommes fatigués a l'extrême. Le Tashi Lapsa se fait désormais souvenir... Mais personne ne nous y reprendra : plus jamais de col comme celui-là !



En route vers les alpages de Thengpo


Pause déjeuner sous le col


Crevasse


Labyrinthe de roc et de glace


En compagnie de Sunil, compagnon de marche durant le franchissement du Tashi Lapsa

mercredi 30 mars 2011

Entre ciel et terre...

Nous avons quitte Lukla le 9 mars, poussant ainsi les portes de la haute altitude. Le cours de la Dudh Koshi (rivière de lait) allait nous amener jusqu'à la ville de Namche Bazaar, première étape de notre acclimatation. Nous y organisons la suite du parcours ( achat de vivres, carburant, lessive, planification de l'itinéraire) avec la même minutie qu'une véritable expédition. Nous y contemplons aussi pour la première fois la pyramide sommitale de l'Everest : magique ! Nous quittons la ville le 11 mars, par un petit sentier, le même qu'ont emprunté tant de légendes de l'alpinisme. Une fois de plus nous nous sentons fourmis, écrasés par tous les exploits qui se sont déroulés en ces lieux. Notre ascension se fait lente, prudente. Peu a peu le végétal cède la place au minéral. Les sommets alentours exhibent fièrement leur étincelante blancheur. Les chortens fleurissent a mesure que nous nous élevons : peut être le signe qu'il va falloir compter sur les dieux pour franchir les cols a venir ?
 A Dingboche, nous reprenons un jour de repos. L'oxygène se fait désormais rare et il est nécessaire de laisser a nos corps le temps de produire des globules supplémentaires. Malgré notre vigilance et notre extrême lenteur, le mal des montagne me frappe vers 4800m. Pas d'autre alternative que de redescendre. C'est la retraite ! Le moral en prend un coup. La fierté aussi. Juste envi de pleurer...
La nuit suivante est réparatrice. Elle gomme les maux et les doutes. Nous reprenons notre ascension et franchissons le Chola Pass (5368m). Nous exultons ! Les Dieux sont vainqueurs. Dans le descente le brouillard nous surprend. Nous nous perdons, mais un yackman nous remet dans la bonne direction. Nous arriverons au refuge complètement exténués. La chaleur du poêle et un bon repas chaud seront notre récompense.
Deux jours plus tard, nous avalons le Renjo Pass (5340m). Le panorama s'étend sur l'Everest, le Nuptse, le Lothse, le Makalu, le Cho Oyu et bien d'autres sommets encore. Nous ne sommes plus vraiment sur la terre ferme, pas tout à fait dans le ciel, juste sur un petit nuage...
Le lendemain nous rallions Namche au terme d'une journée marathon, clôturant ainsi le "trek des 3 cols" en une dizaine de jours. Désormais il nous faut à nouveau poursuivre notre itinérance vers l'ouest. Le Tashi Lapsa (5755m) sera notre prochain défi : il nous ouvrirait les portes du Rolwaling et nous permettrait de rallier Kathmandou juste a temps pour accueillir les parents d'Hélène.


Namche Bazaar sous la neige



Caravane de yacks




l'Ama Dablam (6860m)


Contemplation devant la face nord du Tawoche


Chola Pass (5368m)


Itinérance morainique


Panorama depuis les flancs du Renjo Pass


Sommet du Renjo Pass (5340m)


La pyramide sommitale de l'Everest

mardi 8 mars 2011

Sur les routes du Solu Khumbu

IL nous aura fallu près de 24 heures de transport dans des bus toujours bondés, arpentant des pistes défoncées pour arriver enfin a Taplejun. Toute cette énergie dépensée pour se retrouver à quelques kilomètres de Yuksom. Un petit jour de repos pour digérer tant de poussière avalée et nous voilà repartis sur les sentiers himalayens. Oubliées les impenetrables forêts du Sikkim; ici le climat est plus aride, presque méditerranéen. Sur la route de Sanghu, la sente serpente a travers les cultures en terrasse que des paysans labourent a l'aide d'antiques socs en bois. Oubliées aussi les routes et les pistes. Ici le ravitaillement se fait a dos de mulets. Un orage nous surprend peu avant le Milke pass. Nous bivouaquons dans un abri de berger avec pour seul matelas un tapis de fougères et deux nattes de paille. Au petit matin, le col s'est paré d'un beau manteau blanc pour accueillir notre passage. Les yaks ont remplacé les mules. S'ensuit une longue descente vers la vallée de l'Arun, l'une des plus chaudes du Népal. En effet le mercure amorce une nette montée. Les gouttes de sueur quant a elles ruissellent le long de nos tempes. A partir de Tumlingtar, nous suivons l'Arun River vers le nord. La chaleur nous assomme! Nous rêvons d'altitude. Le cours de l'Irkhu Khola va quelque peu exaucer nos souhaits puisqu'il nous emmène peu a peu vers le Salpa pass (3400m). Ce dernier marque notre entrée en pays Sherpa.
Avec nos grands sacs et notre peau blanche nous suscitons les curiosités. Les yeux ronds que font les enfants à notre passage nous font nous sentir "extraterrestres". En effet bien que l'itinéraire soit décrit comme chemin de trek, peu de touristes parcourent ces contrées reculées.
 Les vallées Himalayennes s’écoulent du nord au sud. Ainsi la géographie nous impose t-elle souvent de descendre d'abruptes pentes jusqu'aux fonds des vallées pour remonter sur le versant qui lui fait face. Souvent, dès le matin, nous apercevons l'étape du soir, juste en face, a quelques battements d'ailes. Notre condition de bipède nous oblige malheureusement a de grands détours. Puis, un matin, apparaissent les premières neiges éternelles. Les premiers sommets de plus de 6000m sont postés en sentinelles. Ils marquent notre entrée dans la vallée de l'Everest. Les lodges, eux aussi plus nombreux, annoncent la présence massive de touristes. Après moins d'un mois de voyage nos pas nous ont portés vers Lukla, petit village d’où partent les expéditions vers le plus haut sommet de la planète. Les népalais l'appelle Sagarmatha, la déesse mère !

Cette lente marche vers le Solu Khumbu n'aura été qu'un échauffement. Elle nous aura permis de mieux appréhender les hauts cols d'altitude qui nous attendent désormais. Côté santé, tout va pour le mieux. Notre vigilance concernant l'eau de boisson nous aura évité des problèmes gastriques. Les muscles quant a eux se sont affinés, sculptés par l'effort.

Nous ne pensons pas pouvoir donner de nouvelles avant Kathmandou dans la mesure ou les lieux que nous nous apprêtons a traverser sont éloignés de tout modernisme. Concernant les mails que vous nous envoyez, sachez que nous les lisons avec beaucoup d'attention et que chacun d'eux nous fait chaud au cœur. Il nous est parfois impossible d'y répondre.

Dans l'attente de pouvoir vous conter la suite de cette belle aventure, nous vous envoyons toute notre affection.

PS: Yaya, j'ai dévoré ton livre en 2 soirs. Je l'ai laissé a Tumlingtar, petite ville aux allures de far-west, baignée de soleil et de poussière. Un Nullarbor népalais en quelque sorte. J’espère qu'il poursuivra son itinérance...



Le temps des labours



Paysage typique de l'est népalais



visage d'enfant



Moulin a eau



Najiin

lundi 21 février 2011

les forets du sikkim

Il nous a bien fallu une heure pour sortir des faubourgs de Gangtok. Puis la piste a succede a la route et nous avons franchit notre premier col : le Penlang La. Tres rapidement nous devons reviser nos ambitions. Le gigantisme des montagnes nous ecrase : nous sommes devenus fourmis ! L'Himalaya ou l'ecole de l'Humilite. Nous nous demandons meme si nous arriverons un jour a destination. Nous evoluons souvent dans une foret dense ou les sentiers suivent chaque cambrure du terrain. Nous marchons pres de 8 heures par jour, suivant souvent les routes carrossables. Parfois, tot le matin, lorsque le temps est assez clair, nous apercevons au loin les neiges eternelles du massif du Kanchenjunga. Et cette vision nous donne l'energie pour avaler les kilometres suivants. Peu a peu la notion de temps s'evapore. Les sikkimais sont d'une gentillesse extreme a notre egard, nous offrant souvent un the, parfois meme l'hospitalite pour la nuit et un repas chaud. Au teint sombre des indiens a succede les traits ronds des populations tibetaines. Notre arrivee dans les villages sucitent beaucoup de curiosite. Nos quelques mots de nepalais declenchent presque a chaque fois de grands fou-rires. Parfois nous sommes les premiers europeens a fouler ces contrees reculees, exclues des itineraires touristiques. Les paysages defilent lentement et nous sommes chaque jour emerveilles par les cultures locales. Ainsi, apres avoir traverse d'impenetrables forets, s'etre perdus dans les rizieres, chemine sur des pistes poussiereuses et s'etre emerveille des magnifiques temples bouddhistes, nous arrivons enfin a Yuksam. Cette ville situee a l'exrtreme ouest du sikkim marque la fin d'une etape. Ne pouvant rallier le nepal par les montagnes (toujours cette paranoia du systeme douanier indien !) nous sommes contraint de rallier Taplejung en bus et jeep. Si tout va bien, nous devrions etres en vu de l'everest dans moins d'un mois !




O mani padme um



Massif du Kangchenjunga



Lungtas claquant au vent



Pelerin bouddhiste vers Tashiding



Apprenti moine



Trekkeurs devant le Hongri Gompa

dimanche 13 février 2011

Bienvenu en Inde

Après 7 heures 30 de vol, nous voila arrives en Inde. A Dehli, nous sommes contraints a passer la nuit au sein de l'aéroport, dans le "lounge room" ! Nous nous allongeons parmi les autres indiens en attendant notre vol vers Bagdogra. Après une très mauvaise nuit, nous embarquons pour les premiers contreforts himalayens. Durant tout le vol nous contemplons au loin les nombreux sommets enneigés qui constituent les perles de la longue chaine himalayenne que nous nous aprêtons a traverser.
Siliguri s'avère être une ville très bruyante et surchauffée. Dans le taxi qui nous ramène au centre nous prions de toute nos forces pour ne pas tamponner les centaines de vaches qui bordent les routes. Nous apprenons rapidement que la région de Darjeeling est en proie a des émeutes. La ville et ses alentours sont fermés : plus un seul taxi ni bus ne passent ! Nos plans sont donc balayés... Nous révisons notre itinéraire dans l'urgence et décidons de nous rendre a Gangtok, capitale du Sikkim. Mais la encore nous ne sommes pas au bout de nos peines. Au terminal de bus, une interminable queue met a mal notre patience. Par chance un touriste vient nous informer qu'il est possible d'accélérer les démarches en allant directement chez le "chef" du dépôt.
30 minutes plus tard, nous voila avec notre billet pour le Sikkim. Les bus sont chargés de toutes sortes de marchandises et les normes réglementant le nombre maximal de personnes a bord sont largement dépassées. Nos yeux tombent de fatigue... mais le chemin est encore long.  Les routes tortueuses serpentent dans une jungle épaisse peuplée par d'innombrables singes. Le bus se joue des vertigineux précipices qui bordent la sente. Nous ne dormons que d'un oeil. Enfin, au bout des lacets, se dresse la ville de Gangtok. Un hôtel vite trouvé (1 immeuble sur deux est un hôtel) nous permet de clore la plus longue journée de notre vie...

A cette journée harassante va succéder une très longue nuit. Nous nous extirpons d'un sommeil sans rêves vers 13 heures. Le petit déjeuner se compose d'excellents momos accompagnés d'un thé au lait. S'ensuit la visite de la ville qui s'avère bruyante et polluée. La brume qui enveloppe les montagnes alentours confère aux lieux un caractère triste, presque sinistre ! Demain nous commencerons a marcher en direction de la Tista River et ses monastères bouddhistes, fuyant ainsi l'agitation des grandes villes indiennes.